La RADDHO alerte contre l’impunité

À l’occasion de ses 36 ans, la RADDHO tire la sonnette d’alarme sur l’impunité des violences de 2021 à 2024. Son secrétaire général, Mouhamadou Seck, demande un traitement judiciaire rapide des dossiers et la réparation pour les victimes. « On a assisté à des morts d’hommes, à des mutilations. Il n’y a pas de réponse emblématique de la justice », déplore-t-il. « Ce qui s’est passé en 2021, il ne faudrait plus que le Sénégal vive cette situation déplorable ». Le ton est grave. Mouhamadou Seck, secrétaire général de la RADDHO, organisation de défense des droits humains née en 1990 à l’Université de Dakar, place l’exigence de justice au centre du 36e anniversaire de la structure. Le bilan qu’il dresse de la période 2021-2024 est sévère. « Il y a eu des restrictions sur internet, l’interdiction systématique de manifestation publique, des emprisonnements d’opposants et de leaders politiques.

 On peut dire que l’espace public était vraiment fermé », rappelle-t-il. À cela s’ajoute, selon lui, « tout un passif humanitaire. On a assisté à des morts d’hommes, à des mutilations, à des saccages de biens d’autrui ». Quatre ans après les faits les plus marquants, la RADDHO constate l’immobilisme. « Il y a plusieurs dossiers qui sont sur la table de la justice. Jusque-là, il n’y a pas une réponse emblématique », regrette Mouhamadou Seck. Pour lui, l’équation est simple : « Sur les faits de 2021-2024, nécessairement justice doit être rendue aux victimes. Si la justice est rendue, il y aura la paix. On ne peut pas avoir la paix sans justice ». Il réclame donc de « donner un coup d’accélérateur aux dossiers pendants devant la justice » et d’« aider les familles des martyrs ». « Les familles des victimes sont là, elles attendent. Les victimes mutilées, les victimes de détention arbitraire attendent réparation », martèlet-il. Il pointe aussi les incohérences : « Des libérations sans jugement ont eu lieu alors que des personnes ont passé des mois en prison. Cette situation doit être clarifiée. Ce n’est qu’après clarification qu’on peut espérer que ces épisodes sombres ne soient plus connus par le Sénégal ». Pour la RADDHO, l’impunité est un risque majeur pour la stabilité. « Si on ne se donne pas la peine d’apporter une solution à cette question, l’histoire va nous rattraper, comme ça a été le cas avec d’autres pays africains », prévient Mouhamadou Seck.

Il cite « le Congo, la Mauritanie qui n’a pas fini de régler le passif humanitaire de 1989, la Côte d’Ivoire » comme exemples de crises non soldées. L’interpellation est directe : « J’exhorte le président de la République, le Premier ministre, la justice : rendez justice aux victimes. On ne peut pas imaginer un État de droit sans justice équitable, sans justice impartiale ». Mouhamadou Seck brandit aussi un avertissement politique à travers le cas d’un « ancien président candidat » dont le bilan l’a poursuivi. « Tous les arguments contre lui ont été les cas d’assassinat sous son magistère, les cas de détention arbitraire, l’arrêt du processus électoral. Il a laissé derrière lui des situations de violation du droit qui n’ont jamais été élucidées. On ne dit pas qu’il est l’auteur, mais il n’a pas fait d’effort pour que les commanditaires soient connus », explique-t-il. « On est en 2026. Si les problèmes de 2021 et 2024 ne sont pas réglés définitivement, ce sera toujours un report dans le futur. Ça va rattraper tout le monde », conclut le secrétaire général de la RADDHO.

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